Ils ont repris une entreprise (1) : Corinne Gaudic, CEO des Ateliers Peyrache et Broderie du Lys

Dernière modification le : 17 novembre 2017

La 6ème édition du Salon MIF Expo (Salon du made in France) vient de fermer ses portes et l’heure est désormais au bilan. Ce salon qui reçoit plus de 55.000 visiteurs est passé en quelques années de 75 à 450 exposants. Il aura probablement aussi quadruplé son visitorat depuis la toute première édition.

 

L’engouement pour le Fabriqué in France est réel, mais il est probablement trop tôt pour parler de patriotisme économique. En revanche, les français sont de plus en plus sensibles à l’origine des produits qu’ils achètent. Ils lisent plus souvent les étiquettes, surtout depuis que la presse s’est fait l’écho de substances toxiques retrouvées sur des vêtements et accessoires importés de Chine. Devenus plus vigilants sur l’origine et la traçabilité des produits, certains consommateurs se tournent désormais vers ces petits ateliers qui font la réputation du Made In France.

 

« Nous sommes une des rares marques, Blanc Bonnet, à faire tout chez nous, dans nos propres ateliers » affirme Corinne Gaudic, CEO des Ateliers Peyrache à Saint-Didier-en-Velay (Haute-Loire) et Broderie du Lys à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).

 

Deux ateliers qui ont été repris en 2016 par Corinne, ex salariée chez Louis Vuitton Malletier et son époux Ludovic, directeur financier de métier.

 

« Avec mon mari, nous gérons deux entreprises très distantes l’une de l’autre et nous sommes notre propre actionnaire. Auparavant, je travaillais chez Louis Vuitton comme Responsable de projets Achats.

 

Une fonction qui allait bien au delà de ses prérogatives d’acheteuse et qui lui permettait notamment de travailler sur des projets très sensibles de développement durable.

 

« Je suis très contente de ces douze années passées chez Louis Vuitton. C’est une entreprise qui forme très bien ses collaborateurs et qui a de belles valeurs humaines et industrielles, mais on finit toujours tôt ou tard par s’ennuyer dans son travail »

 

C’est alors qu’elle décide de reprendre des études à l’ESSEC pour y préparer un mastere de Management Spécialisé en Gestion des Achats.

 

« Travailler chez Louis Vuitton m’a donné l’envie de construire une histoire similaire, à une échelle plus modeste, bien sûr… L’Essec m’a poussé en ce sens. Je dirais que les deux m’ont donné le courage de le faire » explique Corinne.

 

Encore faut-il saisir l’opportunité qui se présente au bon moment…

 

« C’est un projet de couple. Avoir un conjoint prêt à investir toutes ses économies dans un projet à risque, c’est une chance. Nous nous sommes endettés pour l’achat de ces deux entreprises la même année. La première était mise en vente, l’autre était en liquidation » poursuit-elle.

 

Aujourd’hui, la Broderie du Lys compte 16 salariés et Les Ateliers Peyrache a repris 19 des 30 salariés de la société Peyrache fondée en 1871 à Saint-Didier-Velay. C’est là que bat le coeur de la marque Blanc Bonnet qui produit, entre autres, des bonnets doublés polaire pour les sports d’hiver. Les ateliers Peyrache sont également fabricants pour des marques françaises prestigieuses, des activités comme le tissage d’étiquettes de griffe et d’écharpes supporters, la broderie de logos pour costumes ou articles de maroquinerie et la bonneterie-confection (bonnets, écharpes, sacs de plage…).

 

 

« Il y a encore des accords de confidentialité que je respecte et c’est pourquoi je ne donne pas le nom de tous nos donneurs d’ordre » prévient Corinne.

 

Alors que les deux entités se développent et que la demande est forte, il faut se multiplier sur tous les fronts. La première difficulté étant de trouver des intérimaires pour répondre à des besoins temporaires, comme cette opération baptisée Bouge ton pompon pour son client Le Slip Français qui, depuis 4 ans, fait produire chez elle un bonnet en faveur du Téléthon, et pour lequel elle doit produire 10.000 pièces en deux mois, chacune nécessitant de nombreuses étapes de fabrication.

 

« Nous vendons des produits haut de gamme mais à des prix abordables. La demande est forte. Le problème, c’est qu’il n’y a pas d’école de broderie industrielle, en tricot industriel non plus et pour trouver des intérimaires ou des personnes en recherche de CDD ou CDI formés, c’est très compliqué, surtout en région parisienne. Pour l’heure, nous n’avons pas d’autre choix que de les former nous-mêmes. Le contrat d’apprentissage, avec son rythme d’alternance, une semaine sur deux, n’est pas adapté. Il génère même des coûts cachés. Or, nous avons besoin de continuité pour former et produire et on n’a pas le temps de monter des écoles » affirme-t-elle.

 

En effet, en mobilisant ses ouvrières pour en former d’autres, la productivité s’en ressent.

 « C’est dommage car y a un gros potentiel pour créer de l’emploi. L’année dernière, nous avons acheté à crédit de nouvelles machines de tricotage et de fabrication de pompons. La fabrication étant semi-automatisée, nous avons besoin de conducteurs de machines mais aussi de coupeuses, d’ouvrières à façon et il est difficile d’en trouver et plus difficile encore de les former »

 

 

Pour autant, Corine ne baisse pas les bras et envisage d’investir dans de nouvelles machines pour fabriquer notamment, cette fois, des serviettes éponge. Et sur ce segment, il ne resterait qu’une seule marque à fabriquer chez elle, en France.

 

« Il s’agit d’un investissement d’au moins 450.000€ à prévoir, tant pour l’achat du matériel que pour la formation du personnel et l’embauche d’ouvriers spécialisés. Nous recherchons un investisseur pour nous accompagner dans ce nouveau projet de développement » signale Corinne« Il y a énormément de demande, notamment du côté des clubs sportifs de haut niveau, des grandes marques et de la filière linge et accessoires pour la petite enfance… »

 

Leader sur la broderie, elle souhaite le rester le plus longtemps possible. Pour cela, il est impératif de sauvegarder le savoir-faire de ses ateliers, tout aussi essentiel à la survie des territoires ruraux. Et, pour cela, Corinne ne ménage pas sa peine, se multipliant sur tous les fronts pour promouvoir sa maison, en endossant tantôt le rôle du commercial, tantôt celui du communicant. Elle sait aussi que 2018 sera une année charnière. L’entreprise devrait concourir pour se voir décerner prochainement le prestigieux label Entreprise du Patrimoine Vivant, après avoir obtenu en 2017 le label Origine France Garantie pour sa marque Blanc Bonnet. Comme en 2016, Corinne envisage de reconduire l’opération Journée portes ouvertes, en espérant pouvoir, à cette occasion, déclencher quelques vocations.

 

« L’année dernière, nous avions réalisé un parcours de visite guidée de notre atelier en pleine production, présentant nos trois savoir-faire. Chacun de nos 19 salariés y avait participé… » raconte-t-elle.

 

Tout le personnel était aux taquets et dans ses petits souliers. Ce n’est pas toujours facile de s’adresser au public et de faire face aux questions qui fusent. Mais, ce jour là, une réflexion avait particulièrement ému Corinne.

 

« L’un de nos collaborateurs, qui a quand même 30 ans de métier, m’a confié qu’il avait retrouvé le plaisir de parler de son métier ».

 

Une parole émouvante qui a aussi son importance, car la moyenne d’âge dans l’effectif est de 55 ans et elle sait qu’il faudra bientôt rajeunir les équipes.

 

« C’est le travail de mes ouvrières, de mon personnel, c’est leur savoir-faire que je veux mettre en avant, pas le mien » confie Corinne.

 

Qui mieux que ces derniers, en effet, saura en émouvoir d’autres et susciter, qui sait, quelques vocations ?

 

 

Site BtoC : Blanc Bonnet