La coutellerie Thiéroise à la pointe

Dernière modification le : 6 avril 2016

coutellerie-CLa Ville de Thiers est le berceau de la coutellerie française, un art ancestral qui comptait à la fin du XVIIIème siècle près de 400 marques de couteaux et un grand nombre d’artisans. Une tradition qui a connu ses hauts et ses bas et qui, aujourd’hui, porte les espoirs d’une Ville et de sa Région, l’Auvergne.

 

Le renouveau est venu en 1994, il y a bientôt 20 ans. A la base, une initiative de copains passionnés qui débouchera sur la création de la Confrérie du couté de Thié (en patois)… comprendre du couteau de Thiers. Une structure associative qui réunissait à son origine des couteliers, des designers, et des passionnés de coutellerie.

Pour comprendre, il faut savoir que Thiers fabriquait toutes sortes de couteaux régionaux, mais, étonnamment, aucun d’eux ne portait sa propre marque. Le fameux Laguiole venait lui-même pour 95% des ateliers thiernois et Thiers n’en récoltait que les miettes de notoriété.

 

C’est autour de cette réflexion qu’est né le couteau Le Thiers, une marque fort judicieusement déposée à l’INPI, autant qu’un design élégant et épuré fait pour plaire à la clientèle exigeante.

Chaque compagnon fabricant peut proposer son interprétation du Le Thiers, mais pour obtenir le droit de graver sa marque, il doit présenter un prototype au Conseil de Jurande et s’engager à respecter un lourd cahier des charges qui l’obligera notamment à veiller à ce que toutes les opérations (de forge, de laminage, d’estampage, de traitement thermique et de montage,…) soient réalisées sur le Bassin de Thiers.

C’est là que se situe la force de cette aventure collective. Car, asseoir les bonnes pratiques en contrôlant la conformité technique, qualitative et territoriale du couteau – la fameuse traçabilité – est sûrement la meilleure arme pour perdurer et se développer économiquement.

 

coutellerie-BLa Maison Chambriard a été de l’aventure dès le début, une famille de couteliers fabricants de père en fils depuis la fin du 19ème siècle. Les deux frères ont lancé leur propre modèle Le Thiers en 1998, une fabrication qui ne se limite pas seulement à l’élégant couteau de poche, mais aux arts de la table, avec des couteaux de cuisine performants à usage professionnel .

« Comme vous le voyez, à la Boutique, nous présentons aussi les modèles réalisés par nos confrères artisans. Il n’y a pas de concurrence malsaine entre nous. La Confrérie, c’est un état d’esprit et c’est aussi une force et des moyens mis en commun pour faire valoir la marque et, au besoin, pour se défendre contre la contrefaçon » explique Dominique Chambriard.

Trois personnes s’activent alternativement à l’atelier et à la Boutique familiale selon les besoins du commerce, l’atelier se situant juste en contrebas. Quelques marches à descendre et c’est là que l’on retrouve Pierre Alexis, le neveu du patron, plus souvent sur l’établi.

Pierre Alexis a beaucoup appris de son oncle. « Plus jeune, je venais l’été pour aider à la boutique, mais à l’époque je voulais devenir Kinésithérapeute. J’ai débuté les cours de kiné pour réaliser assez vite que ce n’était pas vraiment fait pour moi et je suis revenu à la coutellerie. Pour l’heure, j’ai un contrat salarié de six mois chez mon oncle. A la rentrée de Septembre, je compte intégrer le CFA de la Coutellerie. Même si je suis devenu autonome et capable de réaliser le couteau, c’est mieux de passer son CAP et de faire sa propre expérience ».

 

Pour le couteau thiernois, l’avenir passe aussi par l’exportation, une continuité donc, puisque Thiers exporte la majorité de ses productions depuis le 18ème siècle. Les artisans thiernois sont portés par une nouvelle ambition, comme sur la coutellerie d’art (art de table), où les maîtres japonais tiennent le haut du pavé. « Notre métier a quelque part des similitudes avec le vin qui s’exporte comme un produit noble, authentique, de tradition ancestrale, assimilé au savoir vivre, au luxe. C’est vers là que nous devons tendre »  poursuit Dominique Chambriard.

La boutique a séduit des artistes comme Aznavour et Florent Pagny, ainsi que des grands noms de la gastronomie qui ouvrent tables dans les grandes capitales du monde et qui, au travers de leurs émissions culinaires, n’hésitent pas à mettre en valeur la coutellerie de Thiers, un grand pas pour sa promotion, une récompense pour son authenticité et son savoir faire.

 

Aujourd’hui, Thiers est devenu une capitale autonome qui s’appuie sur un réseau structuré, maillé et performant, qu’il s’agisse des matières premières (acier, bois)  jusqu’au recyclage en passant par toutes les étapes de fabrication. Des emplois induits loin d’être négligeables et un tissu de PME- de la mèche de tire-bouchon à la Monnerie Le Montel au marquage à St-Rémy sur Durolle, en incluant les produits dérivés – qui permettent aux jeunes de se maintenir voire même, de s’établir au pays avec des perspectives de carrière et un challenge motivant.

 

Par Rémy DREANO