Renouer avec la tradition ancestrale : Adélaïde Martinez, opticienne-lunetière indépendante

Ouvrir un commerce autre qu’alimentaire dans un village rural n’est pas chose commune. Il faut d’abord étudier soigneusement le marché, se familiariser avec les aides fiscales et sociales à l’installation en zones de revitalisation rurale (ZRR), dont on peut éventuellement bénéficier, et convaincre les banques pour obtenir un prêt. Et la partie n’est jamais gagnée d’avance…

 

Pour Adélaïde Martinez, 32 ans, opticienne-lunetière, cette installation au coeur d’un village rural de l’Yonne est l’aboutissement d’un long parcours entamé à Morez dans le Haut-Jura, une douzaine d’années plus tôt.

 

Si Adélaïde a choisi la plus ancienne école d’optique à Morez, ce n’est pas le fruit du hasard… 

 

S’étant dûment renseignée, elle sait que la tradition lunetière française a vu le jour dans le Haut-Jura du côté de Champagnole, Morbier, Saint Claude, Saint-Laurent et de Morez, capitale et berceau de la lunetterie française. Morez a su préserver la tradition et ses plus anciennes entreprises comme Gouverneur Audigier (1878), Morel (1880), les fils d’Aimé Lamy/Fidela (1820), ou encore, Vuillet Vega. C’est là aussi que se trouve l’une des plus anciennes écoles d’optique-lunetterie, l’une des plus réputées aussi… 

 

« Le Lycée Victor Bérard de Morez est une des rares écoles publiques où l’on vous apprend à être opticien et pas seulement à obtenir votre diplôme. C’est une école à l’ancienne avec des profs passionnés… » explique Adélaïde.

 

Après l’obtention de son BTS d’opticien-lunetier, notre jeune diplômée choisit d’enchaîner sur une licence pro santé, option analyse et prise en charge du déficit visuel en alternance à l’Université de Besançon. Soucieuse d’approfondir les examens de vue et l’adaptation en lentilles de contact, elle passe en parallèle un CQP de Responsable technique de magasin d’optique. 

   

Adélaïde rejoint sa région d’origine, le Morvan et débute chez un opticien indépendant. Plus par la force des choses, elle travaillera ensuite pour plusieurs enseignes d’optique en franchise. L’aventure va durer quelques années. Ce n’est qu’en 2016 qu’elle décide de voler de ses propres ailes et de s’installer en indépendant, autant pour s’affranchir des préoccupations de rendement auxquelles sont soumises les enseignes que pour renouer avec la tradition ancestrale.

 

« J’en avais assez de tout ce système. Dans les enseignes, du fait des accords passés avec les assurances complémentaires, on ne maîtrise pas complètement son métier et le client n’a pas vraiment le choix des verres et des montures. C’est la mutuelle qui décide en quelque sorte pour le porteur. Si j’ai choisi ce métier, c’est parce qu’il allie à la fois les compétences techniques, manuelles et relationnelles. Prendre le temps de bien faire les choses et pouvoir choisir mes collections et mes verres en toute indépendance, c’est ce à quoi j’aspirais. Pour les verres, je travaille avec Essilor et Mont-Royal en Moselle. Je voulais aussi maîtriser l’intégralité du processus de vente et mettre en oeuvre les gestes techniques appris à Morez. J’ai toujours eu ce projet derrière la tête… » confie Adélaïde. 

 

Si notre opticienne-lunetière connait parfaitement son marché, pas question pour autant de foncer tête baissée…

 

« j’ai quand même réalisé une étude de marché et rencontré un chargé de mission à la CCI d’Auxerre. C’est lui qui m’a conforté dans mon idée de proposer un service de proximité, libéré des contraintes commerciales habituelles. Sur Avallon, outre quelques grands réseaux mutualistes, il y a déjà un indépendant. Je me suis dit que c’était faisable, mais ailleurs. Alors, avec mon mari, nous nous sommes mis en quête d’un local plus à l’écart avec l’idée d’en faire l’acquisition… »

 

Notre couple finit par trouver le bon emplacement à Vermenton, une commune de 1.350 habitants, située à mi-distance entre Avallon et Auxerre. L’avantage de l’indépendance, c’est de pouvoir aménager et décorer le local selon ses goûts. Le sien a un petit côté scandinave. Pour valoriser les espaces, Adélaïde a choisi de confier à son père, métallier de profession, la fabrication des rayonnages et la cloison de verre-acier qui sépare l’atelier de la boutique. Quelques meubles anciens chinés dans le secteur pour rendre le lieu cosy et l’Optique de la Cure est prête à recevoir son premier client. 

 

 

Depuis l’ouverture il y a deux ans, Adelaïde semble avoir trouvé ses marques et son concept s’est peaufiné.

 

« Au fil du temps, la relation de confiance se créé. Après, c’est le bouche à oreille qui prend le relais. Économiquement, je m’y retrouve. Contrairement aux idées reçues, il est possible de se distinguer sur la qualité et même sur le prix. Je fais quand même attention à mes tarifs et je fais en sorte de m’adapter au budget du client. A la différence des chaines d’optique qui doivent marger plus pour s’en sortir, je travaille en direct avec les fournisseurs et je n’ai ni loyer, ni intermédiaire à payer. Depuis que je travaille la lunetterie, j’ai aussi un oeil plus critique sur le travail des fournisseurs, ce qui aide quand il s’agit d’expliquer à mon client les différences de prix et de qualité sur l’optique. Ma clientèle est encore très locale, mais je commence à voir des gens qui viennent de plus loin… » 

 

Des clients qui s’intéressent notamment à ses lunettes fun et colorées. Depuis peu, en effet, Adelaïde s’est lancé un nouveau défi : fabriquer ses propres montures dans la pure tradition lunetière.

 

« J’ai profité de mon installation pour me former à la fabrication de montures et je suis repartie en formation à Morez… » 

 

Deux petites formations de trois et quatre jours pour apprendre les secrets et tours de main du lunetier à l’association des MOF lunetiers. Au côté des Meilleurs Ouvriers de France, elle se familiarise à la prise de mesure, au dessin en direct, au façonnage et apprend à découper entièrement à la main les plaques d’acétate de cellulose, une matière naturelle et écolo qui offre une large palette de couleurs.

 

« C’est pour moi un retour aux sources. A la base, on est opticien-lunetier, pas marchand de lunettes. Dans le temps, l’opticien usinait lui-même les montures. Lors de mon BTS, il y avait un module sur les matières, pas assez approfondi à mon goût, mais on apprenait quand même à tailler à la main. Il y avait cette exigence d’apprendre à travailler dans la tradition. Il n’y a qu’à Morez qu’on voit ça… » affirme Adélaïde.

 

Un moyen aussi de se démarquer de la concurrence. 

 

« Je propose mes créations depuis avril dernier. Les dix premières montures sont allées à mes proches. Je créé à partir du visage. Les trois premiers modèles vendus (compter 40 heures de travail) sont aujourd’hui sur le nez de mes clients et ce sont des pièces uniques. C’est pourquoi, vous ne trouverez pas ici de modèles en vitrine, hormis ceux de mes fournisseurs «  s’amuse-t-elle.

 

 

Avec les chutes d’acétate, Adélaïde confectionne un petit porte clé assorti à la couleur de la monture. Une petite attention qu’elle réserve à ses clients amateurs de montures originales et authentiques.

 

« Donnons un sens à votre vue !’ est son slogan…

 

 

 

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Optique de la Cure

30, rue du Général de Gaulle, 89270 Vermenton

Tel : 03 86 46 77 17