La validation des acquis de l’expérience (VAE), un outil d’évolution professionnelle sous utilisé

 

Rencontre avec Patrick Fortin,  accompagnateur VAE et responsable de DPR Formation.

 

Depuis son instauration en 2002, la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) a fait son chemin…lentement, bien trop lentement diront certains…

 

Ce dispositif qui permet de faire reconnaître son expérience professionnelle par un diplôme, un titre homologué ou un certificat de qualification professionnelle reste encore marginalement utilisé. Les objectifs quantitatifs initiaux sont d’ailleurs loin d’avoir été atteints. 

 

Pour prétendre à la Validation des Acquis de l’Expérience (VAE), il faut justifier d’au moins trois années d’expérience professionnelle en rapport direct avec la certification visée. Il n’y a pas de critère d’âge ou de niveau, ni même de statut, puisque le dispositif est aussi bien ouvert aux salariés qu’aux demandeurs d’emploi…

 

En regard du nombre de personnes potentiellement concernées et du poids du chômage dans notre pays, on aurait pu s’attendre à un raz-de-marée. Or, il n’en a rien été… Sur 62.000 candidats qui se présentent chaque année à l’entretien conseil, 36.000 (sur 49.000 dossiers jugés recevables) vont au bout du processus, c’est à dire jusqu’au passage devant le jury.

Au final, six candidats sur dix voient leur expérience professionnelle reconnue et validée. Une petite amélioration comparée aux chiffres de la DARES pour la période 2002-2010 qui établissait à 200.000 le nombre de candidats à la VAE ayant obtenu un diplôme par la reconnaissance de leurs expériences. Le chiffre est faible en effet…

Et sans l’accompagnement proposé par les cabinets spécialisés, il est probable que ce résultat serait probablement inférieur. Certes, la procédure – très administrative – a un côté rebutant, mais il y a d’autres freins qui méritent éclaircissements… 

 

Et pour tenter de comprendre, nous sommes allés poser nos questions à Patrick Fortin, responsable de DPR Formation, l’un des 10 opérateurs franciliens adhérents à la FNP VAE, en charge de l’accompagnement des candidats à la VAE.

 

– De ceux qui se présentent à vous pour une VAE, est-il possible de dégager un profil type ?

 

– Ce sont majoritairement des individus qui n’ont pas le baccalauréat ou qui ont eu un parcours universitaire avorté. En revanche, ils ont en commun une grosse expérience en entreprise. Ils sont souvent à mi-carrière (42 ans en moyenne) et se sentent freinés dans leur évolution ou dans le retour à l’emploi. A titre d’exemple, j’accompagne actuellement une salariée qui travaille pour un sous-traitant d’une multinationale de l’informatique. C’est une excellente vendeuse qui encadre elle-même une équipe de commerciaux et qui se trouve bloquée dans son évolution professionnelle. Pour elle, un BTS MUC ou NRC reflèterait mieux sa position auprès des recruteurs.

 

– Peut-on en déduire que les employeurs de chez nous, contrairement aux anglo-saxons, ont du mal à reconnaître l’expérience acquise en entreprise ?

 

– C’est plus compliqué que cela. Aujourd’hui, ce sont les algorithmes des job-boards qui ont pris la main et qui font le tri. Un tri souvent plus sévère que ne le ferait un chef d’entreprise lui-même. C’est un fait, les intermédiaires du recrutement filtrent plus qu’il ne faut. Pour éviter de décevoir leur client, ils ne prennent plus de risques. Si, sur un profil renseigné ne figure aucun diplôme de type baccalauréat, bac pro ou BTS, il y a de grande chance pour cette candidature reste longtemps sur la touche, la machine l’aura écarté. Ceux qui viennent nous voir pour une VAE ont conscience de cette situation. 

 

– Comment s’y prend-on pour trouver un organisme d’accompagnement à la VAE. Le vôtre est-il généraliste ou spécialisé ?

 

– Le plus simple est d’utiliser un moteur de recherche et de taper sur le clavier « accompagnement à la VAE + ville ». Je conseillerais de choisir un cabinet qui affiche une spécialisation. Ce type de prestation nécessite de bien connaître les certifications et les pratiques des certificateurs. On ne peut pas savoir tout sur tout. Même si nos services sont plus particulièrement orientés sur les certifications des fonctions d’entreprise (BTS MUC, NRC, AM, gestion), sur la petite enfance et l’éducation spécialisée, nous pouvons bien sûr accompagner vers d’autres certifications. D’une manière générale, je constate que le BTS est un diplôme charnière pour viser plus haut. 

 

– Mais la VAE, ce sont aussi des certifications universitaires ?

 

– Ce n’est pas si évident. Les universités ont tendance à verrouiller. A juste titre parfois, car ce n’est pas toujours facile de faire coïncider des savoirs issus de l’expérience avec des certifications construites pour l’essentiel sur des savoirs académiques. C’est la raison pour laquelle l’essentiel des VAE se fait sur des certifications de type BTS, à visée professionnelle donc….

 

– Que coûte un accompagnement ?

 

– Pour les salariés, la prestation est pratiquement intégralement financée, soit par l’employeur, soit par l’OPCA, soit par le Fongecif qui prend en charge à hauteur de 1.200€. Pour les demandeurs d’emploi, il existe un chéquier VAE financé par la Région d’Ile-de-France. Il est préférable de s’adresser à Pôle emploi.

 

– Pouvez-vous nous décrire le processus à partir du pré-contact ?

 

– Le premier contact est téléphonique. Nous devons nous assurer que la démarche est fondée. De ce point de vue, le diagnostic préalable est essentiel. Ensuite, si tout se passe bien, le candidat devra s’inscrire à l’une des réunions d’information proposées par l’organisme certificateur (DAVA, DRASS, CAVA, CNAM etc..). La procédure débute avec le livret 1. Il s’agit en fait d’un dossier de recevabilité. Même si cette étape n’est pas rémunérée, nous aidons si nécessaire à le compléter.

– Si le dossier est éligible, notre travail débute avec le livret 2 qui est un exercice rédactionnel délicat. Pour résumer, il s’agit de mettre en rapport les activités avec le référentiel du diplôme. Nous les aidons dans cette phase, autant sur le contenu (description des activités, organisation de l’emploi,…) que sur la méthodologie.

 

– Qu’apporte cet accompagnement et en quoi est-ce différent du bilan de compétences ? 

 

– il faut compter environ une dizaine de séances d’1h30 environ en face-à-face individuel. Notre valeur ajoutée est de faire en sorte d’être aussi proche que possible du référentiel de compétences. Certaines personnes ont du mal à décrire ce qu’elles font, à formaliser. D’autres butent sur l’orthographe, la grammaire ou font des phrases alambiquées, trop longues. Je dois les ramener à la règle : sujet/verbe/complément. Pour ce livret 2, la forme a autant d’importance que le fond. Le bilan de compétences a bien sûr une autre finalité, mais il n’est pas si éloigné que cela. Si le client a déjà effectué un bilan de compétences, une bonne partie du chemin est faite avec la mise à plat des compétences et des expériences qui est partie intégrante de la phase analytique du bilan de compétences. J’ajouterais même que c’est un excellent outil de préparation à la VAE. L’autre plus, c’est le conseil en recherche d’emploi mais aussi le travail de préparation/simulation en mini-groupe que nous proposons à nos clients, afin que rien se soit laissé au hasard et pour leur permettre d’être bien préparé pour le jour J, face au jury.

 

– Et tout cela prend combien de temps environ ?

 

– Entre le dépôt du dossier et la date du jury donnée par la Maison des examens, il faut compter entre six et huit mois en moyenne. En tout cas, c’est toujours moins d’attente et d’incertitude que de passer par la case formation pour le même objectif… 

 

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