Le nouveau paysage du conseil en évolution professionnelle

Un marché secoué par la Loi Avenir Professionnel, à l’épreuve de la Covid-19, mais boosté par l’aspiration au changement de vie des français.

 

Avec la loi Avenir Professionnel, le paysage des bilans de compétences est singulièrement chamboulé. Pour effectuer un bilan de compétences, il faut dorénavant, soit le financer à titre personnel, soit le faire prendre en charge par son employeur, soit mobiliser son Compte Personnel de Formation (CPF). Bien sûr, les entreprises peuvent abonder si elles le souhaitent.

 

On peut s’attendre à ce que les salariés rechignent à entamer leur CPF pour réaliser un bilan de compétences. En effet, le prix moyen de la prestation équivaut à plus de trois ans de CPF monétisé. La clientèle des cabinets spécialisés pourrait être tentée de se reporter sur la prestation gratuite de Conseil en Evolution professionnelle (CEP) destinée aux actifs occupés ou sur des prestations à moindre coût. Les demandeurs d’emploi peuvent, de leur côté, consulter leurs droits au CPF et demander un complément à Pôle emploi, le cas échéant. 

 

Pour les prestataires installés, cela engendre de l’insécurité, d’autant que la pandémie bouscule toutes les prévisions. L’urgence est de sécuriser son marché. Cela passe par la diversification (accompagnement à la VAE, coaching emploi, bilan scolaire, préparation à la retraite…) car, depuis cette réforme, il n’y a plus de chasse gardée.

 

En réalité, ce marché de niche est saturé depuis quelques années déjà. Travailler pour plusieurs cabinets ou pour des franchises de conseil RH est tendance, mais les entrants doivent s’attendre à être soumis au statut d’indépendant ou de vacataire. Il est vrai que les Fongecifs avaient érigé un rempart en privilégiant dans leurs procédures d’accréditation les prestataires embauchant essentiellement en CDI. Cette protection n’est plus.

 

Fait nouveau, la disruption touche le marché. Considérant que le bilan de compétences a tout d’un vieux papy, de jeunes pousses se proposent d’en renouveler le concept, à l’instar de Switch Collective ou de SomanyWays. Par ailleurs, on note que les prestations en ligne se développent rapidement dans le contexte de crise sanitaire. Ainsi, le cabinet de coaching professionnel 5A Conseil décline sa prestation de bilan 100% au féminin et 100% en ligne. D’autres ciblent la génération des millennials en proposant du 100% digital. C’est le cas de Même Pas Cap qui s’adresse à des actifs de 28 à 40 ans qui veulent se recentrer et redonner du sens à leur travail, dans un monde où les carrières, hier plus linéaires, ressemblent plus souvent aujourd’hui à une succession d’expériences professionnelles et de reconversions choisies ou subies. Cela rappelle les packages offerts par les grands groupes anglo-saxons à leurs hauts profils (gestion de carrière, aide à la prise de poste, gestion du stress), mais à prix doux.

 

De nouvelles problématiques, bien dans l’air du temps, sont désormais prises en compte avec Oser rêver sa carrière (rebondir après un burn-out), Ithaque Coaching, Skilfi (mentoring professionnel), Mental’0 (déjouer les pièges de Parcoursup), My Coach Agency (coaching carrière, personal branding).

Le point commun de ces nouveaux cabinets ? : une grosse présence sur les réseaux sociaux et une communication digitale en mode startup, propre à générer de la croissance rapide.

 

Ce qui est sûr, c’est que ces nouveaux acteurs se posent déjà en concurrents sérieux des prestataires installés, moins agiles et contraints à devoir se chercher des relais de croissance. Il faut s’attendre à une explosion de l’offre de services sur fond de guerre des prix. On investit déjà dans des solutions digitales à forte valeur ajoutée pour permettre de se différencier et de proposer des grilles tarifaires aménagées, avec des prix variant de 850€ à 2.500€.

 

 

Cette nouvelle donne devrait pousser les acteurs à se lancer dans une course à l’innovation. Le nouveau bilan de compétences mixe déjà distanciel et présentiel, avec force solutions digitales, un moyen de massifier et d’éviter un effondrement du chiffre d’affaires. La crise sanitaire ne fait qu’accélérer le processus.

 

Malgré les difficultés du moment, ces métiers de coach, d’accompagnateur des transitions attirent des profils plus éclectiques issus, par exemple, du management ou de la communication-marketing, des sophrologues même et qui ont en commun de s’être formés au coaching. On est bien loin des préconisations de la Loi de 1991 sur le bilan de compétences qui donnait la primauté aux CIBC et à leurs psychologues. Le métier s’étant très féminisé ces dernières années, les candidats masculins, psychologues du travail expérimentés ou anciens cadres de l’industrie formés à l’accompagnement, ont une bonne carte à jouer.

 

A noter que les prestataires de bilan doivent préparer une certification Qualiopi qui sera obligatoire dès janvier 2022.