Télétravail, full remote ! vertiges du monde d’après…

Dernière modification le : 30 mai 2020

On n’a jamais autant parlé de télétravail qu’en ce moment. Pourtant, ce mode de travail particulier, qui s’est démocratisé récemment grâce à la Loi, n’est pas si nouveau. Des Instituts de recherche, experts, journalistes planchent sur le sujet depuis une trentaine d’années déjà. 

 

Alors que les études se rejoignent assez souvent pour souligner ses avantages (baisse de l’accidentologie, de la pollution), allant pour certaines, jusqu’à le présenter comme un moyen de régler définitivement le problème du chômage, le télétravail est resté très longtemps mal connu et finalement, peu médiatisé.

 

A ce titre, l’accord-cadre européen du 16 juillet 2002 définit le télétravail comme « une forme d’organisation et/ou de réalisation du travail, utilisant les technologies de l’information, dans le cadre d’un contrat ou d’une relation d’emploi, dans laquelle un travail, qui aurait également pu être réalisé dans les locaux de l’employeur, est effectué hors de ces locaux de façon régulière ».

 

Il convient de préciser que le télétravail concerne plus souvent des métiers dans lesquels l’utilisation des NTIC est prépondérante (numérique, conseil, finance, gestion, design, web design, web marketing, télésecrétariat, etc.). Il est évident qu’un ingénieur de recherche qui manipule des produits chimiques ou biologiques a peu de chances se retrouver en télétravail.

 

Très peu d’entreprises se sont d’ailleurs risquées à le mettre en oeuvre, sauf depuis 2008, où il est plus souvent appliqué à dose homéopathique dans les entreprises privées, sièges sociaux des grands groupes et startups notamment. A noter qu’il est quasi inexistant dans la fonction publique. 

 

A tout le moins, le cadre de travail reste formel, n’offrant pas de souplesse particulière. Le télétravailleur fait sa journée de travail, tout comme ses collègues restés au bureau, à l’aide d’outils collaboratifs adaptés aux besoins de sa mission. Parfois, même, il bosse plus que lorsqu’il est au bureau. Le télétravail peut être occasionnel ou régulier (une à deux journées par semaine), rarement permanent.

 

Deux mois de confinement ont suffi à propulser ce mode de travail sur le devant de la scène et 40% de ceux qui s’y sont collés sans le vouloir forcément, le plébiscitent aujourd’hui.

 

Les reportages télévisés, aux heures de grande écoute, montrant des salariés confinés à l’Ile-aux-Moines ou à Quiberon, en plein télétravail, sur leur terrasse, face à la mer auront, à coup sûr, marqué les esprits. 

Durant la période de confinement, nombre de salariés confinés en région parisienne ont pu aussi en mesurer les avantages, comme de s’éviter les embouteillages ou les longs transports dans des RER bondés. De leur côté, les managers, décideurs, parmi les plus rétifs même, ont pris conscience que leurs salariés en télétravail pouvaient être tout aussi productifs, sinon plus. Leurs comptables n’auront pas manqué de leur rappeler que l’immobilier de bureau est le deuxième poste de dépenses de l’entreprise, derrière les ressources humaines…

 

L’autre phénomène en vogue dans les startups de la tech, c’est le remote. Peu de gens connaissent ce terme. Souvent, on parle d’un anglicisme pour télétravail. Pourtant, à la différence du salarié en télétravail, le travailleur en remote bénéficie d’une grande flexibilité pour organiser sa journée et définir ses plages de travail. Ce dernier travaille quand il veut, où il veut et à son rythme, le plus souvent 100% à distance. Il peut certes se rendre ponctuellement à son entreprise mais, plus souvent, il rend compte à son manager par téléphone, mail ou par Zoom ou Skype. 

 

Le salarié en remote fait l’objet d’un contrat classique (CDI ou CDD), avec les mêmes droits que les autres collaborateurs de l’entreprise, mais son mode de travail, sa finalité (sa mission) doivent être explicités par avenant. C’est un «deal». On commence d’ailleurs à voir émerger les premiers job-boards spécialisés remote, comme enremote.fr.

 

L’inconvénient, c’est le risque d’une moindre adhésion à la culture de l’entreprise, un lien social encore plus distendu qu’avec le télétravail. Pour l’heure, c’est un mode de fonctionnement qui semble avoir les faveurs des startups, se limitant encore à une poignée de métiers  (développeur, data scientist, comptable, designer…). Le full remote a ses farouches opposants qui soulignent ses maux, du plus banal au plus fort : procrastination, stress, burn-out. 

 

A y regarder de plus près, on est pris de vertige. Car, le travailleur en remote est celui qui peut s’affranchir des frontières et des lois régissant le Code du travail des pays. Travailler Worldwide, c’est ce que proposent aujourd’hui des sites comme RemoteOk ou Nomad Paradise aux pros du code, aux designers, aux spécialistes du marketing et de la fonction support.

Nul ne sait si le monde de demain sera meilleur que le précédent, on peut en douter… Mais ce qui est sûr, c’est que les crises, comme celle du coronavirus, sont des accélérateurs de tendance. Le monde change à grande vitesse. Celui de demain offrira sans doute plus d’opportunités de monétiser et de reconsidérer les rythmes et les formes du travail dans un large spectre de domaines. Le slashing, le télétravail, le full remote ne sont que le reflet d’un changement de paradigme.